Jean-Antoine Morand de
Jouffrey est né le 10 novembre 1727 à Briançon, d’une famille d’avocats. Il
semble se destiner à la carrière ecclésiastique mais au décès de son père très endetté, il doit subvenir aux besoins de sa famille.
En avril 1744, il vient à Lyon pour s’orienter vers la
peinture. A 21 ans, il ouvre un atelier de peinture et peint des décors intérieurs, décore deux chapelles et réalise des décors de théâtre. Il rentre en contact avec le célèbre
architecte Soufflot et va élargir sa formation pendant six mois à Paris. En 1755, Soufflot lui confie la direction de la décoration du Théâtre. Morand devient
célèbre. La Ville de Lyon le nomme inspecteur du Théâtre.
En 1759, il épouse Antoinette Levit, fille d’un notaire lyonnais. Il construit et finance un immeuble quai
Saint-Clair, puis part travailler à Parme, en Italie. Il rentre à Lyon en décembre 1760 et s’oriente vers l’architecture.
Son projet d’un Plan Général de la Ville de Lyon et de son agrandissement en forme circulaire
dans les terrains des Brotteaux, furent réalisés en 1764 pour l’Hôtel-Dieu. Il acquiert en 1765 un Pré, dans le prolongement de la Grande Allée (actuel
cours Frankin Roosevelt) et commence un lotissement en forme de grille.
Pour accéder au nouveau quartier, Morand a prévu un pont en bois dans l’axe de la Grande
Allée.
Mais il se heurte aux recteurs de l’Hôtel-Dieu et au consulat de la Ville de Lyon. Morand trouve donc des appuis à Paris, soutenu par ses amis,
les architectes Soufflot et Gabriel ainsi que par l’inspecteur général des Ponts et Chaussées, Gendrier, et même du ministre Bertin. Le
4 janvier 1771, le Roi donne son accord à la construction d’un pont de bois sur le Rhône. A Lyon, l’opposition continue. Le consulat estime qu’un pont de bois est dangereux, le
courant du Rhône trop puissant, les piliers trop rapprochés pour la navigation… Après de nombreuses procédures, les travaux commencent enfin le 9 janvier 1773. L’inauguration a lieu par le
frère du Roi, futur Louis XVIII, le 5 septembre 1775.
Les difficultés financières de l’Hôtel-Dieu entraînent un changement d’état d’esprit des recteurs vis à vis de Morand et de son
plan de développement des Brotteaux.
En 1776, il s’installe au Pré-Morand, avec sa famille, dans un hôtel particulier "La
Paisible" qu’il a fait édifié place du Bassin, sur le lieu actuel du restaurant Orsi, place Kleber.
A partir de 1780, les cessions des terrains des Brotteaux s’accélèrent et la prolongation du Grand Cours est
envisagé jusqu’à Villeurbanne. Toutefois, la voie ne pourra excéder une largeur de 36 pieds (12,40 m), ce qui explique le rétrécissement actuel entre la rue
Duguesclin et la rue Garibaldi, correspondant au Pré Morand. Mais les acquéreurs ne se précipitent pas au Brotteaux.
Les lyonnais viennent en foule pour se promener, boire
ou se divertir aux spectacles de marionnettes mais s’y installent peu. Les menaces que fait planer le Rhône, l’éloignement du centre-ville, la rareté des voisins et l’insécurité nocturne ne
constituent pas des facteurs attractifs. Par contre, de grandes fêtes sont organisées. En 1784, Montgolfier s’élève en ballon avec sept passagers.
En 1787, rencontrant quelques difficultés financières, Morand vend sa maison à la loge maçonnique de
la Sagesse à laquelle il appartient.
En 1789, après 25 ans, les bases sont jetées pour un nouveau quartier. Les fêtes révolutionnaires sont
organisées sur les terrains de la Tête d’Or en 1790, 1791 et 1792.
Mais le siège de 1793 entraînera d’importantes destructions : le pont sera coupé et le quartier en ruine,
les allées détruites, les immeubles brûlés. Après les révoltes, dans le Pré Morand, de la loge de la Sagesse, l’ancienne "Paisible" de l’architecte, il ne restera que les
caves voûtées et quelques murs.
Morand est réquisitionné pour réparer le pont endommagé lors de la Terreur, puis arrêté et
guillotiné à 66 ans, le 24 janvier 1794, sur la place des Terreaux.
En 6 mois, près de deux mille personnes seront exécutées : militaires, prêtres, nobles, hommes de loi,
négociants, mais aussi beaucoup de gens de condition modeste. Les fusillades furent organisées sur les bords de la Grande Allée. Des fosses sont creusées au début de l’actuelle rue Robert. 925
fusillés et 350 guillotinés y sont enterrés. Le secteur est un vaste champ de mort. Un monument est érigé en 1795 en leur mémoire.
Antoine Morand de Jouffrey continuera l’œuvre de son père, soutenu par la suite par Henri
Vitton, maire de la Guillotière et la vie reprendra peu à peu aux Brotteaux.
Source : Morand et les Brotteaux de Josette Barre et Paul Feuga, Editions Art & Histoire.
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